L’idée
Dans tous les domaines, la prévention est meilleure que le traitement : elle est plus respectueuse de l’humain et des systèmes, et elle est en général économique. Pour les libérations émotionnelles, il y a également des choses de bons sens qui peuvent aider nos petits à accumuler moins de blessures. Par exemple permettre aux bébés d’exprimer leurs émotions au fur et à mesure.
Explications
Quand ma fille ainée avait un an, j’ai lu Pleurs et colères des enfants et des bébés, d’Aletha Solter. Je ne faisais pas de développement personnel à cette époque, je ne savais même pas ce que c’était.
Je ne suis pas forcément en phase avec toute la philosophie d’A Solter, mais j’ai tout de suite adhéré à l’idée que lorsqu’un enfant pleure, le plus sage est de le prendre dans les bras, et de lui dire qu’on est là, qu’il est en sécurité dans nos bras et qu’il peut pleurer tant qu’il en a besoin. J’ai toujours été horrifiée, sans trop savoir pourquoi, par cette habitude qu’ont certaines personnes de « faire diversion » (attirer l’attention de l’enfant qui pleure ou fait une colère sur une chanson, un animal, n’importe quoi pour lui faire oublier son émotion).
Ça me semble même être un des rôles majeurs du parent, être celui qui permet à l’enfant d’exprimer ses émotions, de crier, de pleurer, d’avoir peur. Celui qui ne fait rien d’autre qu’ouvrir les bras.
Bon, évidemment ceci est valable pour un tout petit enfant, l’ado qui nous hurle dessus et part dans sa chambre en claquant la porte, c’est autre chose…
Qu’en disent ils?
Khalil Gibran – Le Prophète : Les larmes sont le savon du cœur
Françoise Sagan – Un chagrin de passage : Comme si elle eût été plus fragile que les autres, la belle Hélène, la sadique, la hautaine, la puritaine Hélène. C’était quand même elle qu’il plaignait le plus, comme si, justement, son indifférence, son orgueil la dépouillaient de toute cuirasse, cette cuirasse qui protège les gens vulnérables et les laisse traduire en sanglots, en désespoirs et en cris l’inadmissible horreur de la mort de qui l’on aime.
Extraits du site awareparenting :
La prévention et la guérison du stress et des traumatismes
- Reconnaître l’influence importante du stress et des traumatismes dans le comportement et les problèmes émotionnels des enfants
- Prévenir le stress et les traumatismes
- Reconnaître les effets bénéfiques du jeu, du rire, des pleurs et des colères dans le contexte d’un lien parent-enfant affectueux
- Écouter et respecter l’expression des émotions de l’enfant
Pleurer et se mettre en rage sont de sains mécanismes d’évacuation de la tension qui aident à soulager tristesse et frustration (5, 6, 7). La recherche démontre que les hormones du stress sont sécrétées par les larmes, rendant ainsi possible la réduction des effets du stress et la restauration de l’équilibre chimique du corps (8). En apprenant à nos enfants à réprimer leurs larmes, nous accroissons en fait leur prédisposition à nombre de déséquilibres émotionnels et physiques. La psychothérapeute suisse, Dr Alice Miller, a écrit que l’une des choses les plus dévastatrices que l’on puisse faire aux enfants est de leur dénier la liberté d’exprimer leur colère et leur souffrance (9).
Les bébés pleurent pour deux raisons profondes. D’une part, ils essaient de communiquer un besoin ou une gêne. Ils peuvent avoir faim, s’ennuyer, avoir froid ou bien ils ont simplement besoin d’être tenus. Quelquefois, il est difficile de saisir de quoi ils ont besoin. Le rôle des parents ou des soignants est d’essayer de satisfaire les besoins des bébés aussi rapidement et précisément que possible. Il ne faut pas craindre de leur donner trop d’amour, d’attention et de contact physique.
La seconde raison des pleurs durant l’enfance est moins bien comprise. Beaucoup de bébés continuent à pleurer quand tous leurs besoins fondamentaux ont été comblés, et alors même qu’ils sont dans vos bras. Ce genre de pleurs, qui culmine aux alentours de six semaines, a été nommé « colique. » Cela peut durer plusieurs heures par jour. L’explication traditionnelle pour ces pleurs a été centrée sur d’éventuels problèmes physiques tels que des gaz ou des troubles digestifs. Cependant, des recherches ont montré que la plupart des bébés qui ont la « colique » ne présentent rien au niveau de leur digestion, et sont la plupart du temps en excellente santé. Il est donc nécessaire de prendre en considération de possibles raisons émotionnelles qui provoquent les pleurs.
Les bébés sont extrêmement vulnérables et ont une quantité considérable de souffrances émotionnelles qui sont le résultat d’une accumulation d’expériences stressantes. Une détresse peut être due à une naissance traumatisante ou à des difficultés après la naissance. Les bébés font l’expérience de la confusion alors qu’ils essaient de comprendre le monde et ils sont facilement effrayés ou sur-stimulés. De plus, ils éprouvent des frustrations lorsqu’ils s’efforcent de développer de nouvelles capacités et tentent de communiquer. Tout cela provoque un désordre émotionnel qui est enregistré dans le corps.
Heureusement, les bébés naissent avec cette capacité naturelle de guérison que sont les pleurs, lesquels leur permettent de surmonter les effets du stress. Des recherches ont montré que les gens de tous âges tirent bénéfice d’une bonne crise de larmes, et que les larmes aident à restaurer l’équilibre chimique du corps après un stress.
Un nouveau-né, qui a été isolé dans une couveuse sans contact humain pendant plusieurs jours, peut avoir besoin de pleurer et d’exprimer sa rage pendant des heures, durant plusieurs mois, pour soulager la souffrance émotionnelle causée par cette expérience tellement effrayante et déconcertante.
Un enfant de trois mois peut avoir besoin de pleurer longuement après une réunion de famille pendant laquelle il a été tenu par de nombreuses personnes qui ne lui sont pas familières.
Un enfant de six mois qui a essayé d’avancer en rampant toute la journée et qui n’a réussi qu’à reculer, peut avoir besoin, à la fin de la journée, d’exprimer ses frustrations en pleurant de rage avant de pouvoir s’endormir tranquillement. Dans ces exemples, ce n’est pas le fait de pleurer qui blesse. Pleurer, c’est le processus par lequel le bébé se guérit de ses blessures.
Que peuvent faire les parents? D’abord, il est important de veiller aux besoins ou aux gênes du moment, tels que la faim ou le froid. Mais si votre bébé ressent toujours une gêne, alors que vous avez satisfait ses besoins fondamentaux, il est tout à fait approprié de le tenir avec amour et de lui permettre de continuer à pleurer. Les bébés ont besoin de proximité et d’attention quand ils pleurent. Jamais un bébé ne devrait être laissé seul quand il pleure . Même si vous vous sentez inutile en accompagnant les pleurs de votre bébé, sachez qu’en réalité vous lui apportez le soutien émotionnel dont il a tant besoin quand il soulage son stress de cette manière. Votre bébé ne vous rejette pas lorsqu’il pleure. Au contraire, il se sent suffisamment en sécurité pour vous montrer ce qu’il ressent, exactement comme si vous-même éclatiez en sanglots alors qu’un ami sincère posait son bras sur vous et reconnaissait que vous avez eu une journée difficile. Les parents qui tiennent leurs bébés et qui leur permettent de s’exprimer de cette manière remarquent généralement que leurs bébés sont détendus et satisfaits après la période de larmes, et qu’ils dorment mieux pendant la nuit.
Pourquoi est-il si difficile de tenir un bébé qui pleure et d’accepter ses pleurs? Probablement parce que peu de gens ont eu le droit de pleurer autant qu’il leur aurait été utile lorsqu’ils étaient petits. Vos parents ont peut-être essayé d’arrêter vos pleurs quand vous étiez bébé. Peut-être vous ont-ils donné une tétine, ou vous ont-ils nourri, bercé ou balancé chaque fois que vous pleuriez, en pensant que c’était ce dont vous aviez besoin à ce moment-là. Peut-être ont-ils essayé de vous distraire avec des jouets, de la musique ou des jeux alors que tout ce que vous désiriez était leur entière attention et l’accompagnement de vos pleurs. Ils peuvent avoir demandé au médecin des sédatifs pour vous calmer, ou vous avoir laissé pleurer seul, en pensant qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Peut-être même vous ont-ils frappé ou ont-ils hurlé parce qu’ils étaient remplis de frustration et de désespoir. Quand vous étiez un peu plus grand, peut-être avez-vous connu encore des distractions ou des punitions de la part de vos parents ou de vos maîtres lorsque vos tentatives pour vous soulager de vos sentiments par vos larmes les ont irrités.
Vos parents ne sont pas à blâmer, parce qu’ils manquaient d’information quant à l’importance des larmes. Cependant, à cause de ce conditionnement de votre enfance, vous pouvez trouver pénible de reconnaître ce besoin chez vos enfants, et vous pouvez vous sentir poussé à arrêter leurs larmes par des moyens similaires à ceux qu’utilisaient vos parents. Il faut du temps pour se défaire du conditionnement de toute une vie. Peut-être avez-vous besoin vous-même d’une bonne crise de larmes. Mon conseil est de vous autoriser cette libération. Si vous pouvez trouver quelqu’un pour vous écouter, cela sera encore mieux. Vous vous sentirez soulagé ensuite, et les pleurs de votre bébé vous sembleront un peu plus acceptables. Si vous êtes frustré et épuisé parce que votre bébé pleure beaucoup, vous méritez alors toute l’aide et tout le soutien que vous pourrez trouver.
Sources : http://www.awareparenting.com/educationconsciente.htm et http://www.awareparenting.com/pleurs.htm et http://www.awareparenting.com/timeoutfrench.htm
qui citent :
5. Aletha J. Solter, The Aware Baby (Goleta, CA: Shining Star Press, 2001), pp. 39-41. Titre français: Mon bébé comprend tout (éd. Marabout/Hachette, 1998).
6. Aletha J. Solter, Helping Young Children Flourish (Goleta, CA: Shining Star Press, 1989), pp. 5-9. Titre français: Bien comprendre les besoins de votre enfant (éd. Jouvence, 2007).
7. Aletha J. Solter, Tears and Tantrums (Goleta, CA: Shining Star Press, 1998), pp. 13-32. Titre français: Pleurs et colères des enfants et des bébés. (éd. Jouvence, 1999).
8. William H. Frey II, and Muriel Langseth, Crying: the Mystery of Tears, (Minneapolis: Winston Press, 1985), pp. 45-58.
9. Alice Miller, For Your Own Good: Hidden Cruelty in Child-Rearing and the Roots of Violence, (New York: Farrar, Straus, Giroux), pp. 106, 259.